Julie Cuilleret. Mars 2020. Contribution au livre Blanc “Covid 19 et ressources humaines, quelles leçons retenir”

HR PATROL

Faire face au coronavirus avec résilience

Lu ce matin dans la presse : « sans céder à la panique, le Conseil Fédéral se prépare à faire face à un large éventail de scénarios. « Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain », souligne le ministre de la santé Alain Berset » dans « Le Matin Dimanche ». « Il y aura plus de cas, c’est clair », estime-t-il… »

Faire face à l’inconnu, s’adapter à une situation en constante évolution, sans pouvoir s’appuyer sur des statistiques connues et éprouvées, tout en manageant stress et émotions pour éviter les décisions contre-productives, en développant l’intelligence collective et les solidarités, voilà finalement une définition de ce qu’est la posture résiliente !

Cela fait désormais une dizaine d’années que le concept de résilience, issu d’abord de la physique (où il exprime la capacité d’un métal à subir des pressions sans atteindre son point de rupture), puis de la psychologie clinique et plus spécialement de la victimologie (où il rend compte de la capacité d’une victime souffrant d’état de stress post-traumatique à reprendre un développement harmonieux), est entré dans le vocabulaire des responsables RH. Aujourd’hui, pour être performante et susciter l’engagement de ses collaborateurs, l’entreprise doit à la fois être résiliente et favoriser le développement des résiliences individuelles et collectives.

La résilience se manifestant particulièrement dans nos capacités à faire face à l’imprévu, chaque crise représente une merveilleuse opportunité de développer de nouveaux facteurs d’agilité, de renforcer ceux qui étaient restés à l’état latent et de voir avec clairvoyance et précision ceux qui nous seront certainement utiles dans l’avenir. Un tremplin prometteur vers une meilleure gestion des ressources humaines, vers une stratégie plus pointue et mieux adaptée, vers plus de performance et de bien-être donc … à condition de parvenir à endosser cette posture résiliente qui ne se décrète pas mais qui se pratique dans le collectif, sur fond de confiance et de collaboration.

De nombreux champs d’action s’ouvrent alors et nous en aborderont les plus évidents.

Gestion du stress, intelligence émotionnelle et développement de l’intuition

Revenons à la presse du jour… l’article commence par ce constat qui résonne comme une injonction : « sans céder à la panique ». Dans toute crise qui met en péril notre sentiment de sécurité, le nerf de la guerre repose effectivement en premier lieu dans une évaluation juste du risque, sans négation des conséquences possibles, ni dramatisation de ces dernières, réflexe aussi humains que catastrophiques… C’est donc ici, à notre sens, que réside le premier axe de développement de la résilience : anticiper les conséquences possibles sur l’entreprise (tant au niveau humain que financier) tout en gardant stress et émotions irrationnelles à distance. Nous connaissons tous ces faits divers relatant des accidents banals qui ont tourné au drame suite à une panique collective et à des mouvements de foule ingérables. De la même façon, nous avons tous fait l’expérience de prises de décision malheureuses suite à une période de stress qui avait amoindri nos capacités cognitives, notamment de stratégisation et d’analyse fine (ce phénomène porte d’ailleurs le nom d’inhibition corticale, c’est un réflexe salutaire de notre cerveau en situation de stress aigu et de danger vital qui permet de mettre en veille notre néo -cortex, gros consommateur d’énergie, au service de nos muscles qui nous sont plus utiles en situation de fuite ou de combat pour la survie).

En période de crise donc, plus que jamais, il est primordial de mettre en place des outils de gestion du stress, de management des émotions et de renouer avec l’importance de l’intuition (qui, grâce aux avancées de neurosciences, n’est plus un pouvoir occulte mais un levier de compréhension des situations complexes et instables).

Parmi les outils les plus simples à mettre en place dans l’entreprise, la cohérence cardiaque semble tout indiquée pour ce qui est de la gestion du stress. Il s’agit d’une pratique respiratoire simple qui, en quelques minutes, permet de diminuer considérablement les hormones du stress (cortisol et adrénaline principalement), apportant bien-être psychologique, émotionnel et cognitif. Je propose des ateliers d’initiation avec un logiciel de bio feed-back qui a l’intérêt de voir sur écran l’entrée en cohérence cardiaque et donc de valider la capacité de chacun à cette pratique.

Concernant l’intelligence émotionnelle et l’apport des neurosciences sur l’intuition comme arme « infaillible » à la prise de décision, ces sujets devraient à notre sens faire partie de l’arsenal de base de tout collaborateur ou, a minima, de tout manager. Ces thèmes peuvent être abordés de manières très différentes, lors de coaching, de séminaires, conférences ou ateliers. Ils suscitent généralement une forte adhésion car répondent à un réel besoin dans la majorité de la population active.

Communication émotionnelle non violente et écoute active.

Au risque d’ouvrir des portes ouvertes, les périodes de crises sont hélas souvent synonymes d’incompréhension, de manque d’écoute et de difficulté à exprimer sa créativité. L’importance de maintenir une communication et donc des relations de qualité est d’autant plus cruciale qu’il en va de la rationalité de la gestion des projets en cours mais aussi de la qualité du travail collectif et du bien-être ressenti par chacun. Là encore, les entreprises ne devraient pas hésiter à faire appel à des experts qui maîtrisent suffisamment ces outils pour les transmettre de façon opérante.

Connaissance de nos mécanismes de défense et adaptation aux situations critiques

Avoir une posture résiliente, c’est avant tout accepter de laisser tomber nos certitudes et d’embrasser l’incertitude avec curiosité, courage et humilité. Tout cela n’est réellement possible qu’à condition de bien connaître nos forces et nos faiblesses, d’apporter aux autres soutien et renfort mais aussi de savoir demander de l’aide… autant de qualités que notre éducation occidentale ne favorise pas forcément. Un merveilleux levier pour améliorer ces capacités réside dans une auto-évaluation de notre système défensif. Les mécanismes de défenses psychologiques sont en effet à la fois une véritable empreinte ADN car très liés à notre personnalité mais ils sont également très faciles à assouplir et à modifier lorsqu’on le souhaite. En s’appuyant sur les principes du DMI (defense mechanism inventory), je propose des ateliers pour apprendre à gérer les situations inconfortables de manière constructive et adaptée, en remplaçant nos réactions inconscientes réflexes (telles que la projection, l’agressivité, l’intellectualisation, etc.) par des stratégies de coping (ou stratégie d’ajustement) qui seront non seulement plus respectueuses des enjeux de la situation mais aussi de nos interlocuteurs…

En résumé, la résilience se tisse tout au long de la vie de chaque individu, de chaque entreprise mais elle se nourrît particulièrement des apprentissages issus des périodes de crises traversées et surmontées. Faisons-en sorte que le coronavirus nous offre la possibilité de nous découvrir un peu plus et de développer un potentiel jusque-là insoupçonné !

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